Venez, venez écouter… venez écouter l’encens.. Écouter l’encens ?
Oui, au Japon, on écoute l’encens pour sortir de l’ignorance…. surprenant non ?
Alors, venez, je vous mène sur l’ile du soleil levant.
Qu’est ce que le Japon évoque ? Ses capacités extraordinaires en technologie ? Ses jeunes vêtus de costumes manga ? Ou la célèbre fête des cerisiers en fleurs ? Les geishas ? Surement tout cela
Mais l’encens ??
L’encens est omniprésent au Japon depuis presque 15 siècles.
L’encens japonais est d’ailleurs connus pour être un des plus raffiné et subtil au monde.
Telle la cérémonie du thé, l’encens a aussi ses rituels, ses codes
Entrons donc dans l’alcôve des senteurs du Japon
Au Japon, comme en Egypte et en Arabie, l’art de l’encens est lié à l’histoire d’une femme, d’une belle femme : dame Murasaki, dame d’honneur de la cour impériale de Kyoto.
Elle écrivit un volumineux roman, le « dit de Genji » au 11° siècle
C’est l’enthousiasme suscité par les nobles senteurs qui fut à l’origine de ce premier roman d’amour.
Notre très belle et très cultivée dame y décrit l’univers raffiné de la noblesse impériale de Kyoto. On ya découvre la grande passion qu’avaient la noblesse pour la musique, la poésie et les parfums….
Le prince Genji, héros du livre et grand séducteur déploie des trésors d’imagination pour créer différents parfums d’encens afin d’envouter ces dames..
C’est l’époque où l’art de la préparation des mélanges d’encens se développe.
Revenons un peu en arrière… Comment le Japon a-t-il pu développer tant de senteurs ? Sans avoir toutes les plantes et résines à sa disposition ?
Se sont les moines bouddhistes qui les premiers les rapportèrent de leur voyage.
L’histoire des encens au Japon n’est donc pas née dans le raffinement des cours impériales, mais chez les moines bouddhistes zen.
Pour eux, en effet, les encens ne servent pas à stimuler les sens, mais au contraire à les purifier et maitriser.
Ainsi au milieu du 6° siècle, les enseignements de Boudha et avec eux l’encens furent introduits au Japon, depuis la Chine, via la Corée..Certainement par un moine Bodhidharma qui fut un précurseur.
Le bouddhisme a toujours fait appel aux encens pour soutenir l’être humain dans son cheminement profond, pour méditer.
Ainsi, un parfum d’encens judicieusement choisi peut aider à sortir de l’ignorance et à purifier l’esprit.
En arrivant au Japon, l’encens s’imprégna de l’amour que portent les japonais à la nature, et à leur faculté à donner une dimension spirituelle à une expérience olfactive.
C’est ainsi que naquit au cours des siècles une culture unique de l’encens, la plus raffinée au monde.
Je ne résiste pas à vous citer les propos d’un prêtre zen du 16° siècle sur les vertus de l’usage de l’encens :
- l’encens nous ouvre à la transcendance
- l’encens purifie notre esprit
- l’encens clarifie notre esprit et lave de tout aveuglement
- l’encens aiguise notre attention
- l’encens est un ami, un compagnon dans les moments de solitude
- l’encens nous incite à la paix et au recueillement
- bruler de l’encens est un acte qui a toujours autant de valeur, même si nous l’accomplissons souvent
- une petite quantité d’encens suffit à nous procurer un sentiment de contentement
- les vertus de l’encens ne se détériorent pas avec le temps
- bruler de l’encens même quotidiennement n’est jamais nuisible..
Mais quelles substances étaient utilisées à cette époque ?
Pas plus de 5 à 7 : le bois d’agar, le bois de santal, la cannelle, les clous de girofle, le gingembre et l’ambre.
Le mélange était disposé sur un charbon ardent dans un brule encens
Ce n’est qu’au 11° Siècle, à l’époque de notre fameuse dame de la cour impériale, qu’apparut venant de Chine, l’art de fabriquer les bâtons d’encens.
Au fil du temps cette tradition s’affine de plus en plus.
Aujourd’hui les bâtons d’encens japonais comptent parmi les plus raffinés et les plus purs au monde.
C’est un plaisir immense que « d’écouter l’encens »
Comment en est on arrivé à écouter l’encens ?
Notre fameux roman « le Dit de Genji » nous dévoile tout le raffinement des senteurs.
Ainsi la noblesse impériale participait à des concours desquels était primée la meilleure préparation olfactive.
Les participants disposaient de divers ingrédients comme le bois d’agar, le santal, le girofle, le musc, le safran…
Ils devaient créer leur propre mélange et attribuer un nom mélodieux à leur création. Un jury déterminait le gagnant
Au delà du jeu, l’art du mélange des encens est un acte quotidien et chacun a sa composition secrète.
Ces mélanges servent à parfumer la maison, les vêtements, les cheveux.. Reflets de l’âme des individus.
les mélanges d’encens se présentaient sous forme de bâtons, de cônes.. et de boulettes
Oui, vous avez bien entendu, des boulettes d’encens, appelées Nerikoh.
Elles étaient très appréciées et elles se fabriquent encore de nos jours, avec un soin très particulier.
Leurs nombreux ingrédients sont finement broyés, tamisés, malaxés dans un peu d’eau chaude
On y rajoute ensuite du miel de châtaigner, ou de vesce de Chine, pour leur éviter de moisir.
La gelée de prune peut également intervenir, ainsi qu’un liant neutre, écorce d’un arbre poisseuse le tabuko.
Cette pate est alors placée dans un récipient en céramique, bien hermétique et enterrée dans un sol humide.
Même recette et même façon de faire qu’a l’époque du prince de Genji.
On laisse ensuite murir l’encens et fermenter jusqu’à 3 ans !
Petite parenthèse : en Europe les alchimiste connaissent aussi ce procédé et font fermenter certaines de leur préparation sous terre.
Au terme de la maturation les nerikoh sont préparée, une a une à la main. Ces petites boulettes contiennent une vingtaine d’ingrédients
A nous de nous laisser bercer, et découvrir les senteurs qui vibrent à l’unisson de notre âme..
continuons notre aventure au Japon..
Quelques temps après, la voie de l’encens est instaurée. C’est le KHO DO, grande cérémonie de l’encens ( Kho signifie senteur et Do , chemin)
Il est donné l’ordre de répertorier tous les parfums d’encens utilisé et des règles furent établies.
La voie de l’écoute des senteurs est née
le kho do doit aider l’humain à perfectionner son esprit.
Expérimenter consciemment une senteur au cours de cette cérémonie permet de s’ouvrir au monde de l’âme
Une parfaite concentration est nécessaire, même si c’est aussi un jeu émotionnel.
C’est une cérémonie très codifiée, qui ne fait pas appel à des mélanges, mais a de petits morceaux de bois odoriférants, bruts, de la taille d’un grain de riz.
Le bois d’agar, de santal, cannelier, entrent dans cette cérémonie.
Je vais juste vous la résumer. Un maitre est aidé de son assistant.
Il prépare le bol à encens. Il a 7 ustensiles pour cela, rangés minutieusement dans un étui.
il place la cendre de paille de riz en forme de petit volcan, y introduit un charbon ardent et dépose une petite plaque de mica au dessus.. Sur laquelle il va disposer un petit bout de bois aromatique qui va lentement dégager sa senteur.
Il présente le bol à chaque participant dans le sens d’une aiguille d’une montre.
Chacun, selon un code particulier, va humer le bol. Le parfum est inhalé délicatement, profondément
On écoute et l’on retient ce que l’on entend
Une technique de respiration est utilisée pour cela
Le nom est inscrit sur une feuille et un court poème ou description est rajoutée
Ainsi, toutes les subtilités odorantes sont décrites, avec beaucoup de finesse et de poésie.
Cette cérémonie existe encore de nos jours, peut être un peu adaptée à notre époque. Mais son essence, l’écoute de l’encens est toujours là.
Voilà un petit aperçu des encens du Japon.
Ainsi Quand vous rencontrez des encens japonais, à la présentation superbe : papier de soie, motifs élégants, arrêtez vous.
Sentez, respirez, écoutez
Laissez-vous bercer par leur non évocateurs : feuille d’automne, voile d’éternité, neige immaculée, et laissez vous emporter par les mots, la vibration
Écoutez cet encens, si clair, si cristallin, si précieux.
Son parfum vous aidera a sortir de l’ignorance, en vous connectant à vos plus subtiles sensations.